Arabe litteraire vs dialectal : quels sont les différences ?

Selon l’UNESCO “ La langue arabe est un pilier de la diversité culturelle de l’humanité “.

Avec plus de 500 millions de locuteurs, la langue arabe occupe la cinquième place du classement des langues les plus parlées au monde.

Derrière l’appellation ” langue arabe “ se cache en réalité un terme global auquel il convient d’apporter une précision, car ce n’est pas une, mais deux entités qui cohabitent entre elles : l’arabe littéraire et l’arabe dialectale.

La majorité des langues possèdent une forme officielle, administrative et littéraire, et une autre, plus familière, utilisée seulement à l’oral.

C’est le cas en français. 

Il ne nous viendrait pas à l’esprit d’écrire un article comme nous parlons au quotidien et nul doute que cela vous piquerait les yeux.

Cependant, le langage oral et écrit restent très proches l’un de l’autre et toute personne francophone peut les comprendre sans difficulté.

Alors que concernant la langue arabe, ce n’est pas forcément vrai.

En effet, il y a une grande différence entre l’arabe littéraire et l’arabe dialectale.

Au point qu’une personne qui aurait seulement étudié l’arabe littéraire éprouvera beaucoup de difficulté à comprendre l’arabe dialectale, il pourrait même penser qu’il s’agit d’une autre langue.

Dans cet article, découvrez ces deux courants plus que jamais liés, malgré un rapport paradoxal : quand l’un en est la source, l’autre en découle, quand l’un crée un pont entre les arabes, l’autre a tendance à les séparer.

Qu’est-ce que l’arabe littéraire ?

L’arabe littéraire est appelé en arabe “ al 3arabiya al fusha “ (العَرَبِيَّةُ الفُصْحَى). Il peut également être désigné par les termes :

  • arabe classique ;
  • arabe moderne ;
  • fusha.

L’arabe littéraire est la langue arabe originelle dont découle tous les autres dialectes.

Imaginez un noyau d’olive que l’on planterait dans la terre pour faire pousser un olivier. 

De ce noyau unique, sortira de nombreuses olives, toutes différentes les unes des autres, tant dans leur aspect que dans leur goût.

Le fusha est comme ce noyau d’olive et les dialectes sont les multiples olives qui en sont issues.

L’arabe littéraire est une langue de prestige ; un prestige religieux, culturel et social.

C’est la langue qui était parlée par les arabes dans la période anté-islamique.

C’est la langue des arabes de la péninsule arabique lorsque la mère d’Ismaïl (عَلَيهِ السَّلَام) s’est installée à La Mecque avec ce dernier alors qu’il était encore allaité.

C’est auprès d’eux, qu’Ismaïl (عَلَيْهِ السَّلَام) et sa descendance ont appris l’arabe.

C’est la langue des grands poètes arabes d’avant l’islam, dont le célèbre Imru’ al-Qays.

C’est la langue “ d’al mu3allaqaat “ (المُعَلَّقَات), ces poèmes choisis par la tribu Quraysh de La Mecque pour être suspendu à la Ka’ba.

L’arabe littéraire est la langue du Coran et de la sunna (la tradition prophétique), la langue du Prophète Mohammed (ﷺ) et de son peuple.

C’est également la langue des sciences religieuses.

L’arabe littéraire est la langue enseignée dans les écoles, utilisée dans la presse écrite, les médias et dans l’administration, c’est la langue de la littérature arabe et des sciences mondaines.

Cependant, de nos jours, ce n’est pas la langue que les arabophones utilisent pour communiquer entre eux au quotidien.

Certains habitants des pays arabophones peuvent même se sentir pris de haut si une personne de son propre pays s’adresse à lui en arabe littéraire sans raison apparente.

À ce sujet, je vous partage une anecdote que j’ai vécu lors de ma période en Egypte. 

Pendant un cours, le professeur a reçu un appel auquel il a répondu (oui,oui). 

Comme il était dans la classe avec nous, il s’adressa à son ami en fusha, puis éclata de rire.

Après avoir terminé sa conversation, il nous expliqua que son ami l’avait taquiné en le surnommant  “ quraysh “, du nom de la grande tribu arabe de La Mecque.

Qu’est-ce que l’arabe dialectale ?

L’arabe dialectale est dérivé du système linguistique arabe originel : l’arabe littéraire.

Pour reprendre notre métaphore, les dialectes arabes sont comme les olives d’un olivier, ils sont tous différents, mais issus d’un seul noyau : l’arabe littéraire.

L’arabe dialectale est généralement désigné de deux manières en arabe, et ce, en fonction des régions :

  • dans les pays de l’ouest (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye), on utilise le terme “ darija “ (الدَّارِجَة) pour désigner l’arabe maghrébin ou l’arabe occidentale ;
  • à l’est, dans la péninsule arabique, on utilise plutôt le terme “ 3ammiya “ (العَامِيَّة).

Le darija et le 3amiyya sont donc deux termes regroupant l’ensemble des dialectes arabes.

L’arabe dialectal est un langage de communication direct et instantané.

C’est un arabe oral, utilisé par les habitants des pays arabophones pour communiquer entre eux au quotidien, et n’a de ce fait, pas vocation à être écrit.

Cependant, à notre époque, il est largement utilisé dans les échanges par SMS ou sur les réseaux sociaux, voire dans la publicité.

Pour ce faire, certains ont recours à l’alphabet arabe classique, alors que d’autres utilisent l’alphabet latin à la manière de la phonétique.

Ce qu’il est intéressant de comprendre ici, ce sont les raisons qui ont donné naissance à ces dialectes et comment, d’un noyau unique, ont découlé tous ces fruits.

Ces dialectes sont d’abord apparu avec l’expansion de l’islam, suite à la conversion de ces peuples à l’islam. 

Au départ, il s’agit donc d’un mélange entre l’arabe littéraire et les langues locales.

Puis, ce mélange a de nouveau été influencé par la colonisation, les flux migratoires ou les échanges commerciaux.

De ce fait, il existe énormément de dialectes plus ou moins éloignés les uns des autres, chaque pays, voir chaque région d’un même pays, possédant son propre dialecte.

Parfois, ces dialectes sont appelés “ lahjat “ (لَهْجَة) en arabe.

Attention toutefois à ne pas confondre, car ce terme est également utilisé pour désigner la langue arabe et les différentes variantes qui étaient parlées avant l’islam et à l’époque du Prophète Mohamed (ﷺ), dont certains sont présents jusqu’à nos jours.

Citons à titre d’exemple :

  • loughat qays (لُغَةُ قَيْس) ;
  • loughat tamim (لُغَة تَمِيم).

Il convient donc de faire une différence entre ces langues – loughaat (اللُّغَات) – et l’arabe dialectal.

Les différentes variantes de la langue arabe sont parlées depuis l’antiquité par les arabes et font partie intégrante de l’arabe littéraire.

Alors que comme nous l’avons exposé précédemment, les dialectes sont issus de l’arabe littéraire, auquel se sont mélangées des langues non arabe.

Les différences entre l’arabe littéraire et dialectal

Bien qu’ils aient énormément de points communs, l’arabe littéraire et l’arabe dialectal sont également très différents sur bien des points.

L’unité VS la culture locale

Tout d’abord, le fusha réunit tous les peuples arabophones, ainsi que tous les musulmans sur une seule langue, ce qui leur permet de se comprendre et de communiquer entre eux où qu’ils se rencontrent.

En effet, la majorité des habitants de ces pays comprennent, parlent et écrivent l’arabe littéraire. 

Quant aux dialectes, ils peuvent être très différents d’une région à une autre, ce qui peut rendre la compréhension mutuelle difficile..

Des sonorités différentes

Si ces deux courants ont recours à l’alphabet arabe, certaines lettres de certains dialectes se prononcent de manières différentes du fusha.

C’est le cas des lettres jimm (ج) et qaaf (ق) par exemple.

Le jiim (الجِيم) en arabe littéraire se prononce “ jiim “ et cela correspond à la prononciation que l’on apprend avec l’alphabet arabe.

Cependant, dans le 3amiyya égyptien ainsi qu’au Yémen, la lettre jiim se prononce “ guiim “.

Ainsi, ils ne disent pas “ masjid “ (مَسْجِد) – une mosquée – mais “ masguid “.

Quant au qaaf (القَاف), il ne s’entend pas en arabe égyptien, alors qu’il se prononce “ gaaf “ en Arabie Saoudite ou en Algérie.

Le mot “ baqara “ (بَقَرَة) – une vache – se prononce “ ba-ara “ en égyptien et “ bagara “ en algérien et saoudien.

Si cela vous intéresse, l’application “ Alef : apprendre l’arabe “ (disponible sur android et iOS) propose un échantillon de vocabulaire prononcé dans différents dialectes.

Des mots différents

La composition d’un mot peut également avoir subi une modification en passant de l’arabe littéraire à l’arabe dialectale, soit :

  • par la modification d’une ou plusieurs voyelles : en arabe littéraire “ un ours “ se dit “ doubb “ (دُبّ), alors qu’en égyptien cela se prononce “ dibb “. 
  • par l’ajout d’une ou plusieurs lettres : “ akh “ (أَخ), qui signifie  “ un frère “, se dit “ khouu “ en algérien.
  • par la suppression d’une ou plusieurs lettres : la couleur verte “ akhdâr “ (اَخْضَر) se dit “ khdâr “ en algérien et marocain.
  • tout cela à la fois : “ un rond “ se dit “ daa-ira “ (دَائِرَة) en littéraire et “ douwaira “ en algérien.

Des lettres muettes

En général, la syntaxe des phrases suit un ordre grammatical identique aussi bien en fusha qu’en darija.

Par exemple : fi3l (فِعْل) – faa3il (فَاعِل) – maf3ouuloun bihi (مَفْعُولٌ بِهِ), c’est-à-dire “ verbe – sujet – complément d’objet direct “.

Cependant, les voyelles terminales ne se prononcent pas en arabe dialectal.

Pour info, le rôle de ces voyelles est d’indiquer la fonction grammaticale d’un mot dans une phrase.

Ainsi, la phrase “ Mohamed est studieux “ se dira :

  • en fusha : mouhammadoun moujtahidoun (مُحَمَّدٌ مُجْتَهِدٌ) ;
  • en dialecte : mhamed moujtahid.

Dans cet exemple, on remarque qu’en arabe littéraire, le tanwin (la double de dâmma à la fin des mots) est prononcé, alors qu’en arabe dialectal on prononce le mot avec un soukouun (sans voyelle).

Une influence des langues non arabes

Enfin, étant donné que les dialectes sont nés d’un mélange entre l’arabe littéraire et des langues non arabes, il est fréquent d’entendre des mots qui sont hors du champ lexical de la langue arabe.

A titre d’exemple :

  • en marocain : un chat se dit “ msha “ , qui est un mot emprunté au berbère ;
  • en algérien : une assiette se dit “ tebsi “, un mot d’origine turque ;
  • en tunisien : une machine se dit “ mekinâ “ qui a été emprunté à l’italien ;
  • en égyptien : brocante se dit “ bekia “, également d’origine italienne.

Liste des différents dialectes arabes

Contrairement à l’arabe littéraire qui est commun à tous les pays arabophones, la particularité de l’arabe dialectal se trouve dans sa diversité, chaque région, chaque pays possédant son propre dialecte.

Sans pour autant détailler tous ceux que l’on pourrait retrouver au sein d’un même pays, nous avons classé ci-dessous les variétés de dialectes en fonction de leur zone géographique.

Tout d’abord le dialecte dit “ darija “ qui est parlé au maghreb :

  • le darija marocain (30 millions de locuteurs) ;
  • le darija algérien (40 millions) ;
  • le darija saharien (110 000) parlé au sud-ouest de l’Algérie, dans l’est du Maroc, ainsi qu’au nord de la Mauritanie et de la Libye ;
  • le darija tunisien (plus de 11 millions de locuteurs) ;
  • le darija libyen (plus de 4 millions) parlé principalement en Libye et dans le sud-est de la Tunisie ;
  • l’arabe maltais (500 00 locuteurs).

Dans cette région existe également le hassaniya qui compte plus de 3 millions de locuteurs et qui est parlé principalement en Mauritanie, dans le sud du Maroc et dans le Sahara algérien.

Ensuite, nous avons le groupe des dialectes présents autour du Nil comprenant :

  • l’arabe tchadien (1 million de locuteurs) parlé au Tchad, au Cameroun, au Niger, au Nigéria et au Soudan ;
  • l’arabe soudanais (32 millions) ;
  • le dialecte djouba, parlé dans le Soudan du Sud (800 00) ;
  • l’arabe saïdien (22,4 millions) qui est un dialecte parlé en Egypte ;
  • l’arabe égyptien, qui est le dialecte arabe le plus parlé dans le monde (68 millions de locuteurs) ;
  • l’arabe bédoin parlé dans le sinaï (plus de 2 millions de locuteurs).

Enfin, la région du Proche et du Moyen-Orient offre également son lot de dialecte :

  • l’arabe syrano-libano palestinien (25 millions de locuteurs) ;
  • le dialecte najdi, parlé en arabie saoudite (4 millions de locuteurs) ;
  • l’arabe yéménite, parlé au Yémen, au sud-ouest de l’Arabie Saoudite, en Somalie et à Djibouti (15 millions) ;
  • le dialecte hidjazi, parlé dans l’ouest de l’Arabie Saoudite (15 millions) ;
  • le dialecte dhofari, parlé à Oman et au Yémen (130 000) ;
  • l’arabe omanais, parlé à Oman (1 million) ;
  • l’arabe du golfe, parlé au Koweït, en Arabie Saoudite et au Qatar (7 millions) ;
  • le dialecte shihi, parlé principalement aux Emirats Arabes-unis (38 000) ;
  • l’arabe irakien, parlé par en Irak, en Syrie et en Iran (plus de 25 millions) ;
  • le dialecte nord-mésopotamien, parlé en Syrie, en Turquie et en Irak (9 millions de locuteurs).

Comment apprendre l’arabe littéraire et l’arabe dialectale ?

L’arabe littéraire et l’arabe dialectale n’ayant pas le même statut, vous n’aborderez pas leur apprentissage avec la même approche.

L’arabe dialectal est en quelque sorte une langue informelle, son apprentissage se fera au contact de sa population, de manière orale, de la même manière que ces derniers l’ont eux-même apprise.

En premier lieu, vous devrez choisir le type de dialecte que vous souhaitez apprendre.

C’est un point très important, car si vous apprenez un dialecte pour des raisons professionnelles, familiales ou touristiques, mais que vous n’apprenez pas le bon, vous aurez beaucoup de mal à comprendre vos interlocuteurs.

Une fois que vous aurez fait votre choix, vous pourrez commencer par apprendre ce dialecte auprès de la diaspora présente dans votre entourage.

Vous aurez également la possibilité de prendre des cours d’arabe en ligne particuliers avec un professeur natif.

Le meilleur moyen reste encore de voyager vers le pays concerné, afin d’apprendre auprès de la population locale et ainsi progresser plus rapidement.

L’apprentissage de l’arabe littéraire est encore plus facile d’accès que celui des dialectes.

Ainsi, de nombreuses possibilités s’offrent à vous :

  • prendre des cours lignes avec un professeur particulier ou en groupe ;
  • échanger avec des correspondants arabophones du monde entier ;
  • effectuer un voyage linguistique et apprendre en immersion ou encore vous inscrire dans des centres d’apprentissage (comme en Egypte) ;
  • profiter de cours gratuits disponibles sur internet ;
  • étudiez par le biais d’une formation.

De notre côté, avec Apprendre l’arabe facilement, nous avons fait le choix de nous spécialiser dans ces deux dernières alternatives.

Nous proposons des cours gratuits qui vous permettront d’acquérir du vocabulaire, ainsi que les bases de la grammaire et de la conjugaison arabe.

Pour ceux qui désirent devenir arabophone, nous proposons un programme complet que vous pouvez découvrir en cliquant sur ce lien : programme complet pour devenir arabophone.

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