Partie 1: Qui a écrit le Coran et quelle est sa structure ?
À la mosquée comme chez soi, accéder à la parole divine est immédiat : il suffit de prendre un mushaf rangé sur l’étagère pour se plonger dans la lecture du Coran.
En l’absence de support physique, le croyant peut toujours accéder au texte sacré directement depuis son téléphone portable.
Depuis ce même appareil, il a également le loisir d’écouter le Coran en ligne, récité par la voix de son lecteur favori.
Bref, de nos jours, les moyens pour lire le Coran ou écouter la parole d’Allah sont divers et variés.
Ces facilités sont d’autant plus appréciables pendant le mois de Ramadan, période au cours de laquelle le musulman s’efforce de multiplier les adorations, au premier rang desquels figure la lecture du Coran.
Quoi qu’il en soit, certains éléments restent immuables d’un mushaf à l’autre:
- l’ordre des sourates
- le nom des sourates
- les versets
- les signes diacritiques
- la division en plusieurs parties appelées juz et hizb
- certains symboles qui accompagnent les versets.
Certains peuvent s’interroger sur l’histoire du mushaf et chercher à savoir qui a écrit le Coran ou encore si celui-ci est resté identique, de la Révélation initiale au Prophète Mohamed (ﷺ) jusqu’à aujourd’hui.
Cet article constitue la première partie d’une série de deux publications.
Nous aborderons ici la question de la rédaction et de la structure du Coran, puis, dans un second article, les différents symboles que l’on rencontre au cours de la lecture.
Entrons sans plus attendre dans le vif du sujet et voyageons à travers l’histoire du mushaf.
Qu’est ce que le Coran?
Avant de répondre à cette question, il est nécessaire de s’arrêter brièvement sur la signification du terme (قُرْآن) – Coran – d’un point de vue linguistique.
Deux explications principales ont été rapportées :
- certains savants considèrent qu’il a le sens du ism faa‘il (قَارِئٌ)
- d’autres estiment qu’il a le sens du ism maf‘oul (مَقْرُوءٌ).
Qu’est-ce qu’un ism faa‘il et un ism maf‘oul?
Pour simplifier:
- Un ism faa‘il correspond au participe actif ;
- Un ism maf‘oul correspond au participe passif.
Si l’on part du principe que (قُرْآن) a le sens de (قَارِئٌ), alors il s’agit d’une déclinaison du verbe (قَرَى يَقْرِي) qui signifie « réunir » ou « rassembler ».
Dans ce cas, le mot coran signifie « celui qui réunit ».
Pourquoi « celui qui réunit » ? Car il rassemble les jugements, le tawhid (l’unicité)…
En revanche, si l’on considère que (قُرْآن) à le sens de (مَقْرُوءٌ), alors 2 origines verbales sont évoquées:
- soit le verbe (قَرَى يَقْرِي), auquel cas le sens serait « ce qui est réuni » ;
- soit le verbe (قَرَأَ يَقْرَأُ), qui signifie « réciter », le terme signifierait alors « ce qui est récité ».
Shaykh Ibn ʿUthaymīn explique que ces différentes interprétations ne sont pas contradictoires et que le terme Coran peut englober l’ensemble de ces significations (1).
À présent, répondons à la question fondamentale : qu’est-ce que le Coran ?
Le Coran est la parole d’Allah non créée, révélée au dernier des prophètes Mohamed (ﷺ), par l’intermédiaire de l’ange Jibril, à destination de l’ensemble des êtres humains et aux djinns.
Allah dit dans sourate Ash-Shu’ara:
وَإِنَّهُۥ لَتَنزِيلُ رَبِّ ٱلۡعَٰلَمِينَ (١٩٢) نَزَلَ بِهِ ٱلرُّوحُ ٱلۡأَمِينُ (١٩٣) عَلَىٰ قَلۡبِكَ لِتَكُونَ مِنَ ٱلۡمُنذِرِينَ (١٩٤) بِلِسَانٍ عَرَبِيّٖ مُّبِينٖ (١٩٥)
Ce (Coran) est certes une révélation du Seigneur de l’Univers (192) L’Esprit fidèle (Gabriel) est descendu avec lui (193) Sur ton cœur, pour que tu sois du nombre des avertisseurs (194) En une langue arabe très claire (195)
À propos de ces versets, le shaykh Sa’dî a dit dans son tafsir: “ Médite donc sur la manière dont ces vertus éminentes se sont rassemblées dans ce noble Livre:
- il est le meilleur des livres
- il a été descendu par le meilleur des anges
- sur la meilleure des créatures (Mohamed ﷺ)
- sur la meilleure partie qui est en lui — à savoir son cœur —
- sur la meilleure communauté suscitée pour les hommes
- dans la meilleure des langues, la plus éloquente et la plus vaste, à savoir la langue arabe claire.” (2)
Voilà ce qu’est le Coran, ce n’est pas n’importe quel livre, mais le Livre d’Allah et Sa parole.
Maintenant que nous avons une compréhension plus précise de ce qu’est le Coran, penchons-nous sur les différentes étapes de sa transcription et de sa compilation.
Qui a écrit le Coran?
Le Coran a été écrit par les compagnons du Prophète (ﷺ), sous sa direction et son contrôle.
Le plus souvent, il (ﷺ) recevait la révélation par l’intermédiaire de Jibril, puis il (ﷺ) demandait aux compagnons de consigner les versets par écrit.
Dans ce chapitre, nous examinerons deux éléments distincts: l’ordonnancement du Coran, puis le processus de sa transcription et de sa compilation.
L’ordonnancement du Coran (3)
Dans cette partie, nous allons aborder l’ordre tel que nous le trouvons dans les massahif et mémorisé dans les poitrines.
Cet ordonnancement peut se diviser en 3 catégories:
- l’ordre des mots
- l’ordre des versets
- l’ordre des sourates
1. L’ordre des mots (4)
Chaque sourate du Coran est composée de plusieurs versets, eux-mêmes composés de plusieurs mots.
Tous ces mots présents dans les massahif suivent l’ordre dans lequel le Prophète (ﷺ) les récitait, il n’y a jamais eu de changement à ce sujet, ni de sa part, ni des compagnons.
Les mots d’un verset doivent donc obligatoirement être placés comme ils ont été révélés au Prophète (ﷺ).
Chaque mot doit être à sa place et il n’y a pas la place pour un quelconque effort personnel.
Ainsi, il est interdit de lire ou de transcrire un verset en modifiant l’ordre des mots et il n’y a aucune divergence entre les savants à ce sujet.
2. L’ordre des versets (5)
Lorsque le Prophète (ﷺ) recevait la révélation, il convoquait ses scribes pour consigner la Parole d’Allah et il leur indiquait avec précision dans quelle sourate placer ces versets.
Chaque verset du Coran a donc été placé à cet endroit sur ordre du Prophète (ﷺ).
Cela implique, comme l’ordre des mots, que les versets d’une sourate doivent obligatoirement suivre l’ordre dans lequel le Prophète (ﷺ) a ordonné qu’ils soient placés.
Ainsi, il n’est pas permis de mélanger l’ordre des versets lors de la récitation du Coran.
3. L’ordre des sourates
Quelque soit l’exemplaire du Coran que l’on a entre les mains, l’ordre des sourates est identique et chacune occupe une place bien précise dans le mushaf. (6)
Si l’ordre des versets a été établi sous la direction du Prophète (ﷺ), l’ordre des sourates dans les manuscrits relève en partie d’un ordre prophétique, et en partie d’un effort de réflexion (ijtihad) des compagnons.
À titre d’exemple, les sourates Al-Jumuʿa et Al-Munāfiqūn se suivent dans le muṣḥaf, car le Messager d’Allah (ﷺ) avait l’habitude de les réciter dans cet ordre lors de la prière du vendredi. (7)
A l’inverse, les tout premiers versets révélés au Prophète (ﷺ) sont ceux de sourate Al ‘Alaq:
اقْرَأْ بِاسْمِ رَبِّكَ الَّذِي خَلَقَ (١) خَلَقَ الْأِنْسَانَ مِنْ عَلَقٍ (٢) اقْرَأْ وَرَبُّكَ الْأَكْرَمُ (٣) الَّذِي عَلَّمَ بِالْقَلَمِ (٤) عَلَّمَ الْأِنْسَانَ مَا لَمْ يَعْلَمْ (٥)
Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé (1) Qui a créé l’homme d’une adhérence (2) Lis ! Ton Seigneur est le Très Noble (3) Qui a enseigné par la plume (4) A enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas (5)
Pourtant, lorsque l’on ouvre un exemplaire du Coran, la première sourate qui ouvre le Livre d’Allah n’est pas sourate Al ‘Alaq, mais sourate Al Fatiha.
Le croyant peut donc lire le Coran (en dehors de sourate Al Fatiha en prière) sans être tenu de respecter un ordre de lecture déterminé, comme cela a été rapporté du Prophète (ﷺ).
C’est la raison pour laquelle, avant le califat de ‘Uthmān, la répartition des sourates dans les manuscrits des compagnons pouvait être différente.
Puis, sous le règne de ‘Uthmān — comme nous le verrons par la suite — les compagnons se sont accordés sur un exemplaire unique du Coran, et l’ordonnancement des sourates est devenu la norme à suivre. (8)
Le Messager d’Allah a dit à propos des quatres califs dans un hadith authentifié par shaykh Al Albani:
فَعَلَيْكُمْ بِسُنَّتِي وَسُنَةِ الخُلَفَاءِ المَهْدِيِّينِ الرَّاشِدِينِ تَمَسَّكُوا بِهَا، وَعَضُّوا عَلَيْهَا بِالنَّوَاجِذِ
« Il vous incombe donc [de suivre] ma Sunna et la Sunna des califes guidés, droits. Accrochez-vous-y et mordez-y avec les molaires. »
Maintenant que nous avons abordé et éclairci l’ordre établi dans les massahif concernant les versets, les mots et les sourates, découvrons de quelle manière le Coran a été retranscrit et compilé.
La transcription du Coran et sa compilation
La transcription et la compilation du Livre d’Allah ont connu trois étapes, correspondant à trois périodes distinctes :
- l’époque du Prophète (ﷺ) et de la révélation ;
- l’époque du califat d’Abu Bakr ;
- l’époque du califat de ‘Uthmān.
Première étape: La révélation (9)
La transcription du Coran et sa compilation ont commencé avec la révélation.
À cette époque, les moyens d’écriture n’étaient pas très répandus, et peu de personnes maîtrisaient l’écriture.
Par ailleurs, les Arabes avaient développé, par nécessité, une mémoire très performante et une grande capacité de mémorisation.
De ce fait, la révélation n’était pas encore rassemblée dans un mushaf unique comme aujourd’hui : soit celui qui entendait un verset le mémorisait, soit il l’écrivait sur le support dont il disposait.
La parole d’Allah pouvait être consignée:
- sur des tiges de feuilles de palmier ;
- sur des morceaux de peau ;
- sur des pierres blanches et plates ;
- sur des os d’épaules ou des omoplates.
Au temps du Prophète (ﷺ), ceux que l’on appelait al-qurrā’ (القُرَّاء) — les mémorisateurs du Coran — étaient très nombreux.
Parmi les plus illustres, on peut citer : Abū Bakr, ‘Umar, ‘Uthmān, ‘Alī, ‘Abd Allah ibn Mas‘ūd, Zayd ibn Thābit, Abū al-Dardā’ ou encore Sālim, l’affranchi d’Abū Ḥudhayfa.
Pour résumer, à l’époque de la révélation, il n’existait pas de mushaf unique comme celui que nous avons aujourd’hui entre nos mains : les versets étaient soit mémorisés, soit retranscrits sur divers supports.
Deuxième étape: Le califat d’Abu Bakr Siddiq (10)
Lors du califat du noble compagnon Abu Bakr, en l’an 12 de l’hégire, la transcription et la compilation du Coran connaissent une seconde étape.
Cette année-là fut marquée par la bataille d’al-Yamama.
Au cours de celle-ci, de nombreux qurrā furent tués, dont Salim l’affranchi d’Abu Hudhayfa.
Salim n’était pas un simple qāriʾ ; il figurait parmi ceux que le Prophète (ﷺ) avait explicitement désignés en ordonnant de prendre le Coran auprès d’eux.
Suite à cette bataille, ‘Umar suggéra à Abu Bakr à plusieurs reprises de procéder au rassemblement de la parole d’Allah.
Dans un premier temps, Abu Bakr s’abstint de toute décision par crainte d’accomplir un acte que le Prophète (ﷺ) n’avait pas instauré de son vivant.
Après un temps, Allah ouvrit son cœur à cette noble entreprise, et Abu Bakr décréta de procéder à la compilation du Coran afin de renforcer les moyens de sa conservation.
Dès lors, Abu Bakr, en présence de ‘Umar , convoqua Zayd ibn Thabit et lui ordonna de rassembler et compiler le Coran.
Zayd s’attela à la tâche et compila dans un mushaf ce qui était mémorisé dans la poitrine des compagnons, ainsi que les différents supports sur lesquels étaient écrits les versets du Livre d’Allah.
Ce tout premier manuscrit du Coran demeura en possession d’Abu Bakr jusqu’à sa mort.
Il passa ensuite entre les mains de ‘Umar jusqu’à son martyre, puis revint à sa fille Ḥafṣa, épouse du Prophète (ﷺ).
L’ensemble des musulmans s’accorda sur l’initiative d’Abu Bakr, considérant cette décision comme l’un de ses plus illustres bienfaits.
‘Ali, le 4ème calife de l’islam, a dit : “Celui des gens qui a la plus grande récompense vis-à-vis des masahif est Abu Bakr. Que la miséricorde d’Allah soit sur Abu Bakr, il est le premier à avoir réuni le Livre d’Allah”.
C’est la crainte de voir diminuer les porteurs du Coran et s’affaiblir les moyens humains de sa transmission, après le martyre de nombreux qurrāʾ lors de la bataille d’al-Yamāma, qui poussa Abu Bakr à ordonner la compilation du Coran.
Troisième étape: Le califat de ‘Uthmān Ibn Affan
La troisième et dernière étape de la transcription et de la compilation du Coran eut lieu en l’an 25 de l’hégire, lors du califat du Prince des croyants ‘Uthmān ibn ‘Affān.
Pour comprendre cette étape, il est nécessaire de préciser que le Coran a été révélé au Prophète (ﷺ) en sept dialectes arabes purs (à ne pas confondre avec les sept lectures telles que Ḥafṣ, Warsh, etc), et ce, afin de faciliter la récitation et la compréhension à l’ensemble des tribus arabes
Les sept aḥruf (dialectes) ont été révélés pour faciliter la récitation du Coran aux tribus arabes, car leurs langues différaient dans la prononciation, et non pas dans le sens.
Il n’y avait aucune divergence de sens ; le message était identique en tout point.
Cependant, la lecture pouvait varier selon ces dialectes, tels qu’ils figuraient sur les feuillets détenus par certains compagnons.
‘Uthmān prit alors la décision d’unifier les musulmans autour d’un manuscrit de référence, afin que les gens ne divergent et ne se disputent pas au sujet du livre d’Allah, créant alors une division.
Pourquoi a-t-il entrepris cela?
Après la conquête de de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, Ḥudhayfa ibn al-Yamān vint à ‘Uthmān, afin de l’informer que la divergence dans leur lecture l’avait effrayé.
Par exemple, les habitants du Sham pouvaient lire le Coran selon l’une des sept aḥruf et ceux d’Irak selon une autre, ce qui aurait pû pousser certains à croire en la lecture qu’ils ne connaissaient pas, créant ainsi une discorde. (11)
Il enjoignit à ‘Uthmān d’agir avant que les gens ne divergent au sujet du Coran comme ont divergé les gens du Livre.
‘Uthmān comprit l’urgence de la situation et demanda à Hafsa, la fille de ‘Umar, de lui envoyer les feuillets pour qu’ils soient retranscrits, suite à quoi ils lui seraient rendus.
Lorsqu’il reçut le manuscrit de Hafsa, ‘Uthmān constitua un comité de quatre compagnons pour qu’il soit copié.
Ces compagnons étaient: Zayd ibn Thabit le scribe de la Révélation, Abdullah ibn al-Zubayr, Sa’id ibn al-’As et Abd al-Rahman ibn al-Harith ibn Hisham.
‘Uthmān somma ces quatre compagnons d’écrire la parole d’Allah, en cas de divergence sur une chose du Coran, selon la langue de Quraysh (qui faisait partie des sept aḥruf ).
Une fois la mission accomplie, ‘Uthmān restitua le manuscrit original à Hafsa, puis expédia vers chaque province un exemplaire qui avait été retranscrit.
Afin de sceller l’unité des musulmans, il ordonna la destruction par le feu des feuillets non conformes au mushaf de référence.
Il est bon de rappeler que la différence se trouvait uniquement dans la lecture et non pas la signification des versets.
Rien de ce que ‘Uthmān entreprit ne se fit sans avoir consulté les compagnons du Prophète (ﷺ) et aucun ne le désapprouva.
Son œuvre fut même considérée comme le complément de la transcription d’Abu Bakr.
Quelle est la différence entre la compilation de ‘Uthmān et celle d’Abu Bakr ?
Sous le règne d’Abu Bakr, l’objectif était de consigner l’intégralité du Coran en le rassemblant dans un seul manuscrit, afin que rien ne s’en perde, sans pour autant contraindre les gens à se réunir autour d’un seul et unique exemplaire.
Pourquoi?
La nécessité de les contraindre à s’unir autour d’un manuscrit unique n’était pas présente, car aucune conséquence négative liée à la différence dans leurs lectures n’était alors apparue.
Quant à la compilation sous le califat de ‘Uthmān, l’objectif était de consigner l’intégralité du Coran, en le rassemblant dans un manuscrit et un dialecte unique, en raison de l’apparition de conséquences néfastes liées à la divergence de lectures des sept aḥruf . (12)
C’est le manuscrit compilé par ‘Uthmān que nous avons entre les mains.
Rien n’a été modifié de la révélation à nos jours.
Le parole d’Allah a été préservée par les compagnons telle qu’elle a été révélée au Prophète Mohamed (ﷺ).
C’est une promesse qu’Allah a faite dans son Livre dans sourate Al-Hijr:
إِنَّا نَحْنُ نَزَّلْنَا الذِّكْرَ وَإِنَّا لَهُ لَحَافِظُونَ (٩)
En vérité, c’est Nous qui avons fait descendre le Rappel (le Coran), et c’est Nous qui en sommes, certes, les Gardiens (9)
Allah nous informe dans ce verset que c’est Lui qui a fait descendre le Rappel – c’est-à-dire le Coran – et c’est Lui qui le préserve.
Ainsi, Allah a préservé son Livre par l’intermédiaire de son Messager (ﷺ), puis par les compagnons, puis par les gens de science, siècle après siècle.
Ils mémorisent le Coran dans leur poitrine, l’écrivent dans les massahif et se le transmettent de génération en génération.
Nous savons désormais ce qu’est le Coran et comment il a été compilé et retranscrit.
Cependant, une question demeure : pourquoi Allah a-t-Il choisi de le révéler progressivement, et non en une seule fois ?
Nous tenterons d’y répondre dans la suite de cet article.
Pourquoi le Coran n’est-il pas descendu en une seule fois ? (13)
Le Coran a été révélé de manière progressive sur une période de vingt-trois ans, en fonction des événements et des circonstances.
Il y a de nombreuses sagesses derrière cela.
Nous n’allons pas toutes les citer ici, mais nous en mentionnerons quatre.
La première d’entre elles, comme Allah l’a dit dans Son livre, est de raffermir le cœur du Prophète (ﷺ).
Dans leur prétention, les mécréants de Quraysh souhaitaient que le Coran soit révélé en une seule fois.
Mais Allah a dit à Son Messager (ﷺ) dans la sourate Al-Furqân :
وَقَالَ الَّذِينَ كَفَرُوا لَوْلَا نُزِّلَ عَلَيْهِ الْقُرْآنُ جُمْلَةً وَاحِدَةً ۚ كَذَٰلِكَ لِنُثَبِّتَ بِهِ فُؤَادَكَ ۖ وَرَتَّلْنَاهُ تَرْتِيلًا (٣٢)
Et ceux qui ont mécru dirent : « Pourquoi n’a-t-on pas fait descendre sur lui le Coran en une seule fois ? » [Nous l’avons révélé] ainsi pour raffermir ton cœur. Et Nous l’avons récité avec soin (32)
La deuxième sagesse derrière la révélation fragmentée du Coran est de rendre sa mémorisation et sa compréhension plus faciles pour les gens.
Allah dit dans sourate Al-Isrâ’:
وَقُرْآناً فَرَقْنَاهُ لِتَقْرَأَهُ عَلَى النَّاسِ عَلَى مُكْثٍ وَنَزَّلْنَاهُ تَنْزِيلاً (١٠٦)
Et [Nous avons révélé] un Coran que Nous avons fragmenté pour que tu le lises aux gens avec lenteur. Et Nous l’avons fait descendre graduellement (106)
La troisième sagesse est de stimuler les croyants dans l’acceptation et la mise en pratique de la Parole d’Allah.
En effet, les compagnons attendaient la révélation avec un désir ardent, surtout lorsque des situations critiques rendaient l’intervention divine indispensable.
Enfin, la quatrième sagesse est la progressivité dans la législation, jusqu’à ce qu’elle atteigne son degré de perfection, comme ce fut le cas concernant l’interdiction de l’alcool.
À l’époque préislamique, les Arabes buvaient de l’alcool.
Certains compagnons avaient grandi avec cette pratique et y étaient habitués.
L’interdiction s’est faite progressivement, car il leur aurait été difficile d’être confrontés d’un seul coup à une interdiction catégorique.
Qui a donné les noms des Sourates ? (14)
Nous savons désormais que chaque lettre, mot et verset occupent une place bien définie dans le Coran et qu’il est interdit de modifier cet ordre.
Qu’en est-il du nom des sourates ? Pourquoi ont-elles été nommées ainsi ?
De manière générale, chaque sourate doit son nom à un élément évoqué au cours de celle-ci.
Par exemple, la sourate Al-Baqarah est appelée ainsi en raison de ce verset :
وَإِذْ قَالَ مُوسَىٰ لِقَوْمِهِ إِنَّ اللَّهَ يَأْمُرُكُمْ أَن تَذْبَحُوا بَقَرَةً ۖ قَالُوا أَتَتَّخِذُنَا هُزُوًا ۖ قَالَ أَعُوذُ بِاللَّهِ أَنْ أَكُونَ مِنَ الْجَاهِلِينَ (٦٧)
Et (rappelez-vous) lorsque Moïse dit à son peuple : Certes, Allah vous ordonne d’immoler une vache. Ils dirent : Te moques-tu de nous ? Il dit : Qu’Allah me garde d’être du nombre des ignorants (67)
Il en va de même pour la sourate An-Nisâ’ :
فَانكِحُوا مَا طَابَ لَكُمْ مِنَ النِّسَاءِ (٣)
Épousez donc ce qui vous plaît parmi les femmes (3)
Ou encore la sourate Âl ‘Imrân :
إِنَّ اللَّهَ اصْطَفَى آدَمَ وَنُوحًا وَآلَ إِبْرَاهِيمَ وَآلَ عِمْرَانَ عَلَى الْعَالَمِينَ (٣٣)
Certes, Allah a élu Adam, Noé, la famille d’Abraham et la famille d’Imran au-dessus du reste du monde (33)
Ainsi, le Coran compte 114 sourates, révélées sur une période de 23 ans, chacune possédant une appellation qui lui est propre.
Celle qui ouvre le mushaf est appelée Al-Fâtiḥah et constitue la sourate la plus grandiose du Livre d’Allah.
Al-Fâtiḥah est suivie des trois plus longues sourates du Coran : Al-Baqarah (2), Âl ‘Imrân (3) et An-Nisâ’ (4).
Les plus courtes sont les sourates Al-Kawthar (108) et Al-Ikhlâṣ (112), situées à la fin du mushaf.
Elles sont suivies par Al-Falaq (113) et An-Nâs (114), les deux dernières sourates du Coran.
Ces deux dernières sont appelées Al-Mu‘awwidhatayn (المُعَوِّذَتَيْنِ), ce qui signifie littéralement « les deux sourates protectrices ».
Chaque sourate commence par la basmalah (بِسْمِ اللَّهِ الرَّحْمَنِ الرَّحِيمِ) – bismillahi ar-Rahmani ar-Rahim – qui signifie “Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux”.
Toutes, hormis la sourate At-Tawbah (9), placée entre Al-Anfâl (8) et Yûnus (10).
Si les noms des sourates sont tirés de leur contenu, quelle est leur origine ? S’agit-il d’une révélation divine au même titre que les versets ?
Le nom de certaines sourates a été fixé par le Prophète (ﷺ) lui-même, comme l’attestent les hadiths prophétiques concernant Al-Baqarah et Âl ‘Imrân.
Pour d’autres, l’appellation provient d’un effort de réflexion des compagnons, qui ont choisi un nom basé sur un thème marquant de la sourate.
Jusqu’ici, nous avons évoqué de nombreux points à propos du Coran, de sa transcription à son ordonnancement, en passant par la sagesse derrière sa révélation fragmentée.
Dans cet article, partie 1 de notre voyage à travers l’histoire du Livre d’Allah, il nous reste à aborder l’évolution graphique de l’écriture arabe.
Car oui, le Coran a joué un rôle prépondérant dans l’évolution de l’écriture arabe telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Voyons ensemble dans quelle mesure cette influence s’est manifestée dans le prochain chapitre
L’évolution graphique : Les harakats et les lettres
L’écriture arabe a énormément évolué au cours de l’histoire.
De nos jours, bien que certaines lettres se ressemblent, elles possèdent toutes des signes distinctifs.
Cependant, cela n’a pas toujours été le cas.
Remontons dans le temps, à l’époque du manuscrit de ‘Uthmān.
Si nous ouvrions le mushaf qu’il a compilé, la plupart d’entre nous seraient incapables de le lire correctement, car il n’y avait ni voyelle, ni points diacritiques.
À cette époque, les points, les voyelles et les soukouns n’existaient pas, car les Arabes n’en avaient pas besoin : ils comprenaient les mots et les phrases en fonction du contexte.
Ce n’est qu’avec l’expansion de l’islam que ces diacritiques furent ajoutés, afin d’éviter les erreurs dans la lecture du Coran.
L’ajout de ces diacritiques a connu trois étapes :
- La transcription des voyelles sous forme de point, appelée nuṭq al-i‘rāb (نُطْقُ الإِعْرَاب)
- L’ajout de point aux lettres similaires, appelé nuṭq al-i‘jām (نُطْقُ الإِعْجَام)
- Le changement de méthode de transcription des voyelles.
1. Nuṭq al-i‘rāb
Comme nous l’avons vu précédemment, la révélation du Coran s’est faite de manière orale par l’intermédiaire de l’ange Jibril.
Lorsqu’elle était retranscrite sur différents supports, elle ne comportait ni points ni voyelles.
Ce n’est qu’à partir du califat de ‘Ali ibn Abi Ṭālib, quatrième calife de l’islam, au premier siècle de l’hégire, que les versets du Coran furent, pour la première fois, retranscrits avec des voyelles, par l’intermédiaire d’Abu al-Aswad ad-Duʾalī.
Il entreprit cette démarche après avoir entendu un homme réciter un verset de la sourate At-Tawbah, dans lequel il commit une erreur sur la terminaison finale d’un mot, altérant complètement le sens.
C’est ainsi que le nuṭq al-i‘rāb, qui ne concernait que la terminaison des mots, fut mis en place par Abu al-Aswad ad-Duʾalī.
Cette transcription, appelée « les caractères d’Abu al-Aswad », se présentait uniquement sous la forme de points :
- la fatha était représentée avec un point au-dessus de la dernière lettre ;
- la dâmma par un point placé devant la dernière lettre ;
- la kasra par un point placé en dessous de la dernière lettre ;
- le tanwin par deux points, placés selon la voyelle doublée.
2. Nuṭq al-i‘jām
Grâce aux caractères d’Abu al-Aswad, le lecteur ne risquait plus de se tromper dans la prononciation des terminaisons finales de chaque mot.
Cependant, les lettres dont l’écriture était similaire ne possédaient toujours aucun signe distinctif.
Si, de nos jours, il est facile de distinguer les lettres bā’ (ب), tā’ (ت) et thā’ (ث), il faut garder à l’esprit qu’à l’origine elles ne possédaient aucun signe distinctif.
Ces points sont l’œuvre de Naṣr ibn ‘Āṣim, un élève d’Abu al-Aswad ad-Duʾalī.
Il facilita la différenciation en attribuant des points à certaines lettres de l’alphabet.
Les caractères d’Abu al-Aswad et le nuṭq al-i‘jām de Naṣr ibn ‘Āṣim furent deux évolutions majeures dans l’écriture du Coran et de la langue arabe, mais ils n’étaient pas parfaits.
En effet, étant tous deux sous forme de points, cela pouvait encore prêter à confusion.
Pour remédier à cela, les points correspondant aux voyelles terminales furent retranscrits en rouge.
Récapitulons : à ce stade, les lettres similaires ont acquis leurs points distinctifs, et les points des voyelles terminales sont teintés de rouge.
Pour autant, l’écriture du mushaf — et de la langue arabe en général — n’a pas encore l’aspect final que nous lui connaissons aujourd’hui.
Cette écriture, si familière pour nous, verra le jour avec un autre grand savant de la langue arabe, al-Khalīl ibn Aḥmad al-Farāhīdī, au second siècle de l’hégire.
3. L’établissement de nouvelles diacritiques
C’est donc au cours du 2ème siècle de l’hégire que l’écriture du Coran et sa vocalisation – tashkil (تَشْكِيل) – se stabilise et se fige.
De quelle manière?
Al-Farāhīdī remarqua qu’il demeurait une confusion entre les deux diacritiques, malgré la différence de couleur.
Il entreprit alors d’établir de nouvelles diacritiques.
Il modifia les points représentant la damma, la kasra, la fatha, le soukoun et le tanwin, par les signes que nous connaissons aujourd’hui et compléta son système d’écriture par l’ajout de la hamza et de la shadda.
Si vous désirez en apprendre davantage concernant l’alphabet et l’écriture arabe à travers les siècles, nous vous invitons à consulter notre article étayé et étayé sur ce sujet: Qui a inventé l’alphabet arabe ?
Nous ne pouvons pas clore ce chapitre sans rappeler que le manuscrit de ‘Uthmān n’a subi aucune autre modification hormis l’ajout de ces diacritiques.
C’est la raison pour laquelle certains mots conservent dans le mushaf une graphie différente de celle que l’on utilise habituellement.
Par exemple, nous écrivons (الصَّلَاة) – la prière – , mais dans le mushaf cela s’écrit (الصَّلَوٰةَ):
وَيُقِيمُونَ الصَّلَوٰةَ
(Al baqara verset 3)
Miséricorde s’écrit (رَحْمَة), mais dans le mushaf nous voyons (رَحْمَت):
أُو۟لَـٰٓئِكَ يَرْجُونَ رَحْمَتَ اللَّهِ
(Al baqara verset 218)
L’homme s’écrit (الإِنْسَان), alors que dans le mushaf c’est (الْإِنسَـٰنَ):
خَلَقَ الْإِنسَـٰنَ مِنْ عَلَقٍ
(Al ‘Alaq verset 2)
Enfin dernier exemple, nous écrivons le verbe “ont cru” (آمَنُوا), alors que dans le mushaf il est écrit (ءَامَنُوا۟):
إِنَّ الَّذِينَ ءَامَنُوا۟ وَعَمِلُوا الصَّالِحَاتِ
(Maryam verset 96)
Question: si la graphie des mots et des versets n’a pas changé depuis la transcription et compilation du Coran, est-il autorisé de les écrire avec la graphie contemporaine?
Cette question est sujette à divergence chez les savants.
Pour certains, la graphie othmanienne – (الرَّسْمُ العُثْمَانِيّ) – est obligatoire et il n’est pas permis d’écrire le Coran autrement.
D’autres estiment que cela est autorisé dans le cadre de l’enseignement des enfants afin de leur faciliter l’apprentissage.
Enfin, d’autres voient qu’il est permis d’écrire le Coran avec les règles d’écriture contemporaines.
C’est sur la graphie othmanienne que se termine la première partie de notre voyage à travers l’histoire du mushaf.
Dans la deuxième partie, vous découvrirez pourquoi et comment sont apparus les différents signes et symboles dans le mushaf.
La Parole d’Allah est immuable et Son message est resté intact depuis le début de la révélation, puis après la mort du Prophète (ﷺ), puis des compagnons.
Les musulmans se le transmettent oralement depuis des générations.
À notre époque, il y a des gens qui ont mémorisé les versets, jeunes et vieux, arabes ou non arabes, et ce, de tous les horizons et contrées.
Allah a préservé, préserve et préservera Sa parole jusqu’au jour du jugement, fidèle à Sa promesse et Il ne manque jamais à sa promesse.
(1) afsir sourate Fussilat de shaykh Ibn ʿUthaymīn (adaptation)
(2) tafsir shaykh Sa’dî sourate Ash-Shu’ara (adaptation)
(3) Oussoul at-tafsir de shaykh Ibn ʿUthaymīn (adaptation)
(4) Oussoul at-tafsir de shaykh Ibn ʿUthaymīn (adaptation)
(5) Oussoul at-tafsir de shaykh Ibn ʿUthaymīn (adaptation)
(6) Oussoul at-tafsir de shaykh Ibn ʿUthaymīn (adaptation)
(7) tasfir sourate Az-Zummar de shaykh Ibn ʿUthaymīn (adaptation) https://www.youtube.com/watch?v=r5wgxjISOBk
(8) Oussoul at-tafsir de shaykh Ibn ʿUthaymīn (adaptation)
(9) Oussoul at-tafsir de shaykh Ibn ʿUthaymīn (adaptation)
(10) Oussoul at-tafsir de shaykh Ibn ʿUthaymīn (adaptation)
(11) Voir Fatḥ al-Bārī chapitre (فَضَائِلُ الْقُرْآن بَابُ جَمِعْ القُرْآنِ)
(12) Oussoul at-tafsir de shaykh Ibn ʿUthaymīn (adaptation)
(13) Oussoul at-tafsir de shaykh Ibn ʿUthaymīn (adaptation)
(14) Fatwa shaykh ibn Baz (adaptation) هل أسماء سور القرآن وترتيبها توقيفي؟ et shaykh Al Fawzan هل تسمية سور القرآن توقيفي أم اجتهادي؟
